Sorti en octobre 2016 sur PlayStation 4, Xbox One et PC, Mafia III nous plonge dans l’Amérique tourmentée de 1968. Développé par le tout jeune studio Hangar 13 pour 2K Games, ce troisième opus de la franchise nous transporte à New Bordeaux, ville fictive inspirée de La Nouvelle-Orléans. J’ai étudié cette création avec l’œil d’une analyste cherchant à comprendre ce que ce titre révèle de son époque de création, mais aussi de celle qu’il dépeint. Lincoln Clay, vétéran du Vietnam en quête de vengeance contre la mafia italienne, devient notre guide dans cette plongée brutale. Je vous propose d’examiner tous les aspects du titre : sa durée de vie, ses mécaniques, son récit, ses aspects techniques et les réactions qu’il a suscitées.
Le titre s’ouvre sur deux messages d’avertissement significatifs. Le premier précise que le jeu a été conçu par une équipe aux croyances diverses. Le second affirme que les développeurs trouvent odieux les mentalités racistes de certains personnages, mais que ne pas aborder cet aspect aurait été offensant pour les millions de personnes confrontées à l’intolérance.
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ToggleUne histoire de vengeance dans l’Amérique des années 60
Lincoln Clay est orphelin. Recueilli dès son enfance par Sammy Robinson, un mafieux au grand cœur, il a trouvé une famille de substitution. Après son retour du Vietnam, Lincoln se réfugie naturellement chez celui qui l’a élevé. Mais Sammy est endetté auprès de Sal Marcano, chef de la mafia qui contrôle New Bordeaux de main de fer. Pour rembourser, Sammy sollicite l’aide de Lincoln pour réaliser un braquage audacieux.
Le casse tourne au drame. Sal Marcano, dans un acte de trahison calculée, assassine Sammy Robinson et son fils Ellis dans leur propre établissement. Lincoln est également abattu et laissé pour mort. Miraculeusement, il survit et décide d’entreprendre une guerre sans pitié pour reprendre le contrôle de la ville, quartier après quartier, alimenté par un désir de revanche qui ne faiblit jamais.
La narration se déploie à travers des cinématiques de type documentaire qui s’insèrent ponctuellement dans le récit. Ces séquences se déroulent après les événements vécus et mettent en scène l’audition de John Donovan, chef des opérations paramilitaires de la CIA qui aide Lincoln. La fiction se mêle au réel, le présent au passé, dans une construction narrative qui m’a véritablement captivée. Le background proposé est sublime et fidèle aux années 60, avec le contexte historique de la guerre raciale entre blancs et noirs. Le travail sur les thématiques sociales rappelle d’autres titres engagés.
Le jeu aborde sans détour des sujets adultes : racisme, ségrégation, drogue, esclavage, prostitution et divers trafics. La violence est décomplexée et l’ambiance respecte parfaitement les codes des films de gangsters de l’époque.
Combien d’heures pour terminer Mafia 3
La durée de vie de Mafia III s’établit autour de 50 heures pour une exploration complète du contenu. Ce chiffre impressionne et place le titre parmi les plus généreux de son genre. J’ai constaté que la quête principale peut être bouclée en environ 30 heures si vous réalisez quelques missions annexes en parallèle. Cette amplitude temporelle reste remarquable pour un jeu d’action-aventure.
Haden Blackman, directeur du studio Hangar 13, a évoqué lors du développement des heures et des heures de contenu sans préciser de chiffre exact. Il espérait que les joueurs soient encouragés à rejouer pour découvrir des éléments cachés et des détails qu’ils auraient manqués lors de leur première partie. Cette invitation à la rejouabilité n’est pas vaine.
La durée effective dépend fortement de votre style de jeu. Si vous analysez méticuleusement les environnements, cherchez les collectibles et souhaitez voir les différentes fins possibles, vous dépasserez largement les 40 heures. Les estimations varient entre une bonne vingtaine et une trentaine d’heures selon l’approche adoptée. De nombreux joueurs rapportent avoir investi plus de 15 heures avant même d’avoir terminé l’aventure principale.
Le titre propose trois fins très bien construites qui satisferont les fans déçus par celle de Mafia II. Cette attention portée aux dénouements alternatifs encourage réellement à examiner différentes stratégies de conquête territoriale.
L’Imperial Palace : le casino comme symbole de pouvoir et de domination
Parmi les lieux emblématiques de Mafia III, l’Imperial Palace occupe une place à part. Plus qu’un simple casino, il représente le cœur économique et symbolique de l’empire de Sal Marcano. Situé à Downtown New Bordeaux, cet immense complexe hôtelier incarne la réussite apparente de la mafia italienne et son enracinement dans les institutions économiques de la ville. Il ne s’agit pas seulement d’un racket parmi d’autres : l’Imperial Palace est le joyau de la couronne, le lieu où convergent argent, corruption et pouvoir politique.
La reprise du casino s’inscrit dans la logique de conquête territoriale qui structure l’ensemble du jeu. Avant de pouvoir s’attaquer à ce bastion, Lincoln Clay doit affaiblir méthodiquement les trafics environnants et neutraliser les lieutenants de Marcano. Cette montée en puissance donne au casino une aura particulière : sa chute marque un tournant narratif fort, symbolisant le renversement définitif de l’ordre établi.
Le gameplay et les mécaniques de combat
Les gunfights ont bénéficié d’améliorations remarquables par rapport au deuxième opus. Le système de tir est nettement plus nerveux et réactif, offrant des affrontements intenses. Le système de couverture s’est également amélioré, bien qu’il demeure légèrement imprécis dans certaines situations tactiques délicates, ce qui peut handicaper lorsque vous êtes en mauvaise posture.
Chaque mission vous offre deux approches distinctes : l’infiltration silencieuse ou le combat frontal spectaculaire. Au début de chaque objectif, vous êtes invisible aux yeux des adversaires. Si vous êtes repéré, les ennemis passent en mode combat et il faut vous cacher pour revenir en mode infiltration. Le mode instinct de Lincoln Clay constitue un atout précieux, permettant de visualiser les ennemis et objets importants en surbrillance à travers les obstacles.
Les exécutions au corps à corps sont particulièrement stylées et brutales, renforçant l’immersion dans cet univers sans concession. Le feeling des armes est de bonne facture, avec 51 modèles disponibles selon les faveurs obtenues auprès des colonels. Un système de crochetage, bien qu’anecdotique, complète l’arsenal de compétences de Lincoln.
- Mode infiltration : éliminations silencieuses, déplacements furtifs, utilisation stratégique du mode instinct
- Mode combat : affrontements directs, système de couverture, variété d’armes à feu
- Mode mixte : alternance entre approche discrète et assauts frontaux selon les situations
La conduite des véhicules est agréable et relativement fluide, bien que j’aie ressenti une impression désagréable de glissement dans les virages serrés, comme si les bolides se transformaient en savonnettes. L’intelligence artificielle souffre malheureusement de problèmes récurrents : des ennemis restent parfois plantés dans leur couverture sans réagir, transformant certaines séquences d’infiltration en promenades de santé.
Le système de colonels et la conquête des quartiers
Vous vous associez à trois chefs de gang historiquement implantés à New Bordeaux : Cassandra, Thomas Burke et Vito Scaletta, le héros du deuxième volet. Découvrir ce qu’est devenu Vito quinze ans après les événements précédents constitue un véritable plaisir pour les fans de la franchise. Ce personnage apporte une continuité bienvenue dans l’univers.
Pour reprendre le contrôle de chaque secteur, vous devez éliminer deux boss de trafic avant d’atteindre un lieutenant ou colonel de Sal Marcano. Cette conquête progressive structure l’ensemble de la campagne. La mécanique de destruction économique consiste à ruiner les business ennemis en causant des dégâts financiers sur leurs trafics de drogue, prostitution, alcool et voitures. Vous volez et détruisez des marchandises, interrogez des informateurs et éliminez des cibles spécifiques.
Une fois les boss de trafic terrassés, vous assignez des quartiers à chacun de vos trois alliés. Ce choix débloque des quêtes annexes et génère des revenus réguliers. La possibilité de choisir à qui confier les territoires s’avère intéressante car vos décisions ont des conséquences. Rien ne vous empêche de favoriser un seul associé, mais les autres risquent de mal le prendre.
Chaque colonel offre des services spécifiques qui se débloquent progressivement :
- Cassandra : services financiers et suppressions d’alertes policières
- Thomas Burke : trafic d’armes avec 51 modèles disponibles et livraison de véhicules
- Vito Scaletta : coupure des communications téléphoniques et appel de renforts sur le terrain
Le système de loyauté fonctionne de manière logique : attribuer massivement des quartiers à un protagoniste augmente ses recettes et le rend extrêmement loyal. À l’inverse, si un allié n’obtient pas sa part du gâteau, il exprime son mécontentement jusqu’à quitter votre organisation, vous obligeant à l’éliminer. Ce mécanisme est bien pensé mais malheureusement sous-exploité et limité dans ses ramifications.
Le principal défaut du jeu : la répétitivité
Le problème majeur de Mafia III réside dans sa répétitivité écrasante durant les quarante à quarante-cinq heures qui suivent l’introduction captivante. Les missions suivent invariablement le même schéma : interroger des informateurs, tuer des gros bras, saccager un entrepôt en cassant des caisses, détruire des camions, récupérer de l’argent, puis éliminer le chef du quartier. Cette mécanique se répète inlassablement.
Le déroulement est trop systématique. Vous mettez à mal un trafic pour faire sortir son gestionnaire, vous l’assassinez ou l’enrôlez, puis vous passez au suivant jusqu’à ce que le big boss du secteur apparaisse. Ce cycle infernal crée un fort sentiment de lassitude qui menace l’engagement même des joueurs les plus motivés.
La variété dans les missions est quasi inexistante. Même les quêtes principales ne retrouvent de la diversité que vers la fin de l’aventure, ce qui reste beaucoup trop peu et trop tard. Les missions annexes des colonels, principalement des livraisons ou assassinats, tentent d’apporter un peu de fraîcheur. Les subtilités comme la mise sur écoute des quartiers révélant l’emplacement des magazines Playboy et des vinyles à collectionner enrichissent légèrement l’expérience.
Ces éléments ne suffisent malheureusement pas à effacer le sentiment de tourner en rond. Je recommande vivement de parcourir le jeu par petites sessions pour atténuer ce problème structurel. Enchaîner plusieurs heures d’affilée révèle cruellement les limites du concept et peut transformer l’expérience en corvée.
L’ambiance et l’univers de New Bordeaux
La carte de New Bordeaux s’avère assez conséquente pour un monde ouvert, même si elle reste inférieure aux standards établis par la série GTA. Les dimensions permettent néanmoins une exploration satisfaisante. La ville est magnifique avec des décors relativement variés qui invitent à la découverte. Chaque quartier possède une identité propre et un charme particulier qui le distingue des autres secteurs.
Les contrastes marquent le paysage urbain. Les étendues boueuses du bayou n’ont rien à voir avec l’élégance du quartier français ou l’atmosphère populaire des docks. Le level-design et la direction artistique sont véritablement magnifiques, témoignant d’un soin particulier apporté à la construction de l’environnement. Le choix de placer l’action dans une ville du sud des États-Unis se révèle judicieux, permettant de rencontrer différentes communautés et de visiter des zones bien différenciées.
La bande-son tient toutes ses promesses avec des morceaux allant de Rolling Stones à Jimi Hendrix. Nous sommes réellement en 1968 et les musiques sont diablement excellentes pour traduire n’importe quel contexte. Elles rythment parfaitement les combats et les cinématiques, renforçant l’immersion. Les doublages en version française sont également excellents, avec des interprétations justes et convaincantes.
Vous pouvez utiliser des boîtiers de raccordement dans diverses zones pour localiser ennemis et objets à ramasser. Cette fonctionnalité facilite l’exploration méthodique. Néanmoins, la ville manque cruellement de vie avec un nombre dérisoire de passants dans les rues. Surtout, il n’y a finalement rien à faire dans les nombreux commerces et bâtiments accessibles, à part récupérer des trousses de soins.
Impossible d’acheter des vêtements, de la nourriture, de personnaliser votre personnage ou vos voitures de manière approfondie. Les développeurs ont supprimé plusieurs interactions présentes dans Mafia II : ouvrir les coffres de voitures, passer au lavage automatique, refermer les portes, actionner les robinets, se servir dans les frigos, laisser des traces de pas ensanglantés.
Les problèmes techniques et graphiques
L’optimisation était catastrophique à la sortie du jeu. Sur PC avec des réglages au minimum, de nombreux joueurs se retrouvaient à 25 images par seconde voire en dessous. Même les configurations puissantes atteignaient péniblement les 60 fps, révélant un travail technique insuffisant. À son lancement, Mafia III était une véritable calamité avec de multiples problèmes de textures et d’éclairage sur toutes les plateformes.
Mi-2017, la plupart des problèmes fâcheux ont été corrigés par des patchs successifs, mais pas tous. Le problème des miroirs défectueux n’a jamais été résolu huit mois après la sortie et ne le sera probablement jamais. Les bugs restent nombreux : problèmes de collision où vous traversez des éléments du décor, bugs d’affichage qui font disparaître des textures, problèmes d’ombre qui créent des artefacts visuels disgracieux.
Les retards d’affichage sur les personnages et les textures sont hallucinants, avec des éléments qui apparaissent progressivement sous vos yeux. Certains trophées ne tombent pas après avoir terminé le jeu car les compteurs se réinitialisent malencontreusement en repassant par le menu principal. Graphiquement, le résultat déçoit. Si les cinématiques sont jolies avec une modélisation faciale impressionnante, en ingame cela alterne entre le plaisant et le franchement médiocre.
Les graphismes sont terriblement inégaux. Certaines zones et certains plans flattent la rétine, d’autres ramènent plusieurs années en arrière avec des textures fades, un ciel disgracieux et une gestion rudimentaire des débris physiques. Le titre fait moins bien que le deuxième opus sur bien des aspects visuels, ce qui constitue un recul incompréhensible.
La synchronisation labiale est tantôt convaincante, tantôt littéralement catastrophique, brisant l’immersion lors des dialogues. Les temps de chargement sont extrêmement lents, que ce soit au lancement du jeu, de la partie ou entre certaines cinématiques. Surtout, le temps de relance après une mort est identique au démarrage initial, parfois plus de trois minutes d’attente insupportable.
Les avis des joueurs et le bilan final
Les avis de la communauté sont particulièrement partagés. Certains joueurs trouvent le jeu excellent avec une histoire attractive, des graphismes superbes et une bonne maniabilité. D’autres soulignent une bande-son qui claque et une histoire sympathique malgré la répétitivité assumée. Plusieurs recommandent le titre pour son ambiance authentique et ses personnages intéressants, acceptant de fermer les yeux sur le gameplay répétitif.
À l’opposé, une partie de la communauté considère Mafia III comme un énorme échec pour la série. Ces joueurs estiment que le jeu a voulu copier le style des mondes ouverts d’Ubisoft à la mode en 2016, détruisant l’identité et le charme de la licence. Ils dénoncent un gameplay répétitif et sans inspiration, de nombreux bugs et une performance souvent catastrophique. Certains le qualifient de moins bien que le deuxième opus, avec des développeurs ayant eu du mal à remplir leur création de contenu significatif.
Le sentiment général évoque un jeu bâclé avec un potentiel indéniable gâché par un manque de finition. On ressent une ville et une époque qui ont du charme, une histoire et des personnages travaillés, une conduite plutôt crédible et un terrain de jeu offrant d’immenses possibilités. Pourtant, aucun soin n’a été apporté aux détails, probablement sous la pression de Take Two pour sortir rapidement le titre et bombarder les joueurs de contenus additionnels payants.
Paradoxalement, le scénario et la mise en scène maintiennent l’intérêt malgré tous les défauts techniques et ludiques. On a réellement envie d’en savoir plus et le parcours de Lincoln Clay à travers la mafia reste captivant. Le jeu punit malheureusement en forçant à répéter les mêmes actions pour voir la suite de l’histoire.
La Definitive Edition, sortie dans la Mafia Trilogy le 25 septembre, permet de profiter de toutes les extensions : « Faster, Baby ! », « La hache de guerre » et « Le signe des temps », trois DLC qui allongent considérablement la durée de vie. Aucune amélioration graphique n’a été apportée puisque le jeu ne date que de 2016. Cette édition constitue néanmoins la meilleure façon de découvrir le titre avec l’intégralité de son contenu.

Salut ! Moi, c’est Madison. Je suis un peu ce qu’on pourrait appeler une « bricoleuse du numérique ». J’adore me lancer dans des projets tech DIY. Mon terrain de jeu, c’est tout ce qui a un circuit, des composants ou des logiciels qui font battre le cœur de nos gadgets préférés. Avec un brin de patience et une envie de partager mon savoir, je mets au point des tutoriels et des articles pour vous mener dans vos recherches. À travers ce que j’écris, j’essaie de rendre le matos informatique moins intimidant, pour que tout le monde se sente capable de mettre les mains dans le cambouis. Alors, prêt(e)s à bricoler avec moi ?
